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Orage en randonnée : quelle attitude adopter ?

L’orage est certainement l’un des plus grands risques de la randonnée : il est parfois imprévisible et violent. Potentiellement mortel, le foudroiement fait une centaine de victimes chaque année en France. Pour tenter de limiter les risques rencontrés lors d’une randonnée et à cause d’un orage, il faut nous intéresser à leur essence même. Nous allons voir qu’avec de l’observation et un minimum de connaissances, ils peuvent être repérés quand ils sont en train de se former. Vous pourrez aussi tenter de prévoir la direction qu’ils prennent pour ainsi mieux anticiper votre prise de décision. Puis, nous verrons les différentes solutions de repli quand on est directement pris sous un orage. Formation, risques et systèmes de protection, faisons le tour de la question des orages en randonnée ensemble !

Figure 1 : les orages sont des phénomènes magnifiques mais surtout violents dont il faut se protéger

Orages : situation météorologique à risques

On pense tous connaitre les orages, ce qu’ils sont et les risques qu’ils représentent. Mais ce que nous pensons savoir sont souvent des idées reçues ! Afin de mieux s’en protéger, faisons ensemble un zoom sur ce qu’ils sont réellement.

Qu’est-ce qu’un orage ?

L’orage est un phénomène atmosphérique intense à la durée très limitée. La plupart du temps, il dure une dizaine de minutes mais peut s’étaler sur plusieurs heures lorsque celui-ci est stationnaire, qu’il ne se déplace pas. Pour se former, un orage a besoin de deux choses : d’une masse d’air chaud près du sol et d’une masse d’air froid à haute-altitude. Au sein de ces masses d’air, la pression atmosphérique est différente, ce qui favorise les flux d’air entre les deux masses. Elles se mélangent et forment un nuage appelé cumulonimbus, qui ressemble fortement aux cheminées des centrales nucléaires ! À l’intérieur de ce nuage, l’air chaud va remonter et l’air froid, redescendre. Ces courants atmosphériques, qui entrainent les charges électriques qui les composent avec eux, sont les facteurs de création de la foudre. L’orage est né ! Quand l’humidité de l’air est forte, l’eau présente à haute-altitude aura tendance à redescendre sous la forme de gouttes d’eau, c’est la pluie.

Figure 2 : principe des courants ascendants et descendants qui contribuent à la formation de l’orage

Les risques créés par l’orage

L’orage, de par les mouvements d’air, de charges électriques et d’humidité qu’il induit, favorise le développement de plusieurs risques :

  • Le foudroiement : dès que la charge électrique devient trop importante dans le cumulonimbus, l’orage est obligé de la décharger sous la forme d’éclairs : c’est la foudre. Imprévisible et trop rapide pour être évité, l’éclair est mortel dans plus de 50% des cas de foudroiement direct. En cas de survie, les organes internes sont brûlés à plus de 70% !
  • Le vent violent : on l’a vu, les courants d’air chaud et froid favorisent la création d’un tourbillon au sein même de l’orage. Cela crée des rafales de vent qui dépassent parfois les 100 km/h sous un orage. Notez aussi que les tornades sont des vents d’orages qui parviennent à toucher le sol.
  • La pluie/grêle : la pluviométrie horaire peut être extrême sous un orage, ce qui favorise la crue des cours d’eau et des torrents de montagne.

1er réflexe : savoir anticiper l’orage

La première attitude à adopter quand le temps est à l’orage, c’est d’anticiper sa formation grâce à l’observation. Comme moi, vous n’êtes pas météorologue, mais quelques astuces faciles à retenir peuvent vous aider à y parvenir sans trop de difficultés.

Météo favorable à la création d’orages

On en a déjà parlé dans notre article qui traitait la question de l’organisation et de la préparation de la randonnée mais, si vous le pouvez, pensez tout d’abord à regarder le bulletin météo du jour ! Les météorologues indiquent quand le temps est à l’orage près de chez vous et à partir de quelle heure. Si vous voyez que la journée sera orageuse et à risques, n’hésitez pas à retarder d’une journée votre départ.

Retenez aussi qu’en été, les orages ont tendance à se former en fin d’après-midi quand l’air y est le plus chaud et que le sol dégage le plus de chaleur. L’air en altitude se refroidit et l’orage éclate vers 18h. C’est pourquoi le fait de partir tôt le matin vous évitera de vous retrouver sous un orage en fin de journée. En fait, vous serez déjà arrivé à votre prochaine étape en milieu d’après-midi ! Encore une fois, la préparation de la randonnée en amont du départ vous permettra de diminuer les risques.

Reconnaître un cumulonimbus

Maintenant que vous connaissez la météo favorable à la formation d’un orage, il est temps de se pencher sur la manière de les reconnaître avant même qu’ils ne soient formés ! Pour cela, retenez que plusieurs étapes sont nécessaires à sa formation :

  1. L’humidité se transforme en nuages de type cumulus
  2. Les cumulus s’assemblent et le ciel s’assombrit
  3. Les cumulus se mêlent pour ne former qu’un cumulonimbus : l’orage éclate
Figure 3 : les cumulus sont la première étape de la formation d’un orage

Les cumulus, appelés aussi nuages de chaleur, sont les nuages les plus communs. Ils sont reconnaissables à leur forme cotonneuse ! L’intérêt de savoir les reconnaître, c’est qu’un orage ne pourrait pas se former sans leur présence au préalable. Mais attention, ce n’est pas parce que vous verrez des cumulus qu’un orage va forcément se former ! Si, en partant le matin, le ciel est dégagé, tout bleu, mais qu’en milieu d’après-midi de nombreux cumulus se forment, alors soyez vigilants, c’est peut-être un signe annonciateur d’orage.

Au bout de quelques heures, si la tendance est orageuse, les cumulus présents dans le ciel vont se rassembler pour ne former qu’un seul nuage gigantesque : le cumulonimbus. Il est reconnaissable à sa forme de champignon typique, comme sur la figure ci-dessous.

Figure 4 : cumulonimbus typique en forme de champignon

Si vous voyez ce type de nuage à plusieurs dizaines de kilomètres devant vous, vous saurez qu’il y a un orage juste en-dessous !

Essayer de prévoir sa direction

Savoir identifier l’orage au beau milieu de votre randonnée, c’est très bien, mais vous devez utiliser ce savoir pour vous en protéger. La première chose à faire, c’est de ne pas paniquer. En gardant votre sang-froid, vous éviterez les blessures les plus courantes de la randonnée : foulures, entorses et chutes. D’ailleurs, les chutes font plus de morts chaque année que les orages, le saviez-vous ?

Donc, maintenant que vous êtes calme et capable de repérer un orage, vous allez devoir tenter de prévoir sa direction. Pour cela, inutile de vérifier d’où vient le vent, car sous un orage, ceux-ci sont tourbillonnants ! Pour prévoir sa direction, prenez quelques instants pour l’observer tout en prenant un point de repère fixe dans le paysage : clocher d’église, montagne, etc. Si au bout d’une dizaine de minutes, vous vous apercevez qu’il suit une direction autre que la vôtre, vous pouvez être rassuré, vous ne risquez rien vu qu’il s’éloigne ! Par contre, s’il vient vers vous, deux possibilités s’offrent à vous : revenir sur vos pas si vous n’êtes pas parti depuis très longtemps ou trouver un abri avant qu’il ne vous rejoigne.

Orage au-dessus de ma tête : que faire ?

Parfois, le manque de visibilité ou la rapidité de la formation de l’orage ne nous laissent pas le temps de le voir arriver. Ce n’est pas une fatalité pour autant car il existe plusieurs moyens de se mettre à l’abri des risques induits par l’orage.

Se mettre à l’abri

Se mettre à l’abri est une nécessité quand on est sous un orage. En fonction du paysage dans lequel vous faites votre randonnée, voici plusieurs possibilités d’abris susceptibles de vous protéger contre l’orage :

  • Les fonds de vallée : c’est bien connu, la foudre va au plus court et frappe donc les points les plus élevés en altitude. Si vous êtes en montagne, ne restez pas au sommet et partez vous réfugier dans le fond de la vallée. En résumé, descendez le plus possible en altitude !
  • Les refuges de montagne : ils sont parfois pourvus d’un paratonnerre ! Dans le doute, abritez-vous à l’intérieur mais ne touchez pas les murs car ils peuvent conduire l’électricité !
  • Lieux couverts : en montagne comme ailleurs, les églises peuvent être des abris sûrs contre l’orage car leur toiture est équipée d’un paratonnerre !
  • Les grottes : ce n’est pas par hasard si nos ancêtres y trouvaient déjà refuge dès la Préhistoire. Les grottes protègent de la pluie mais aussi des éboulements. Si vous réussissez à en trouver une, placez-vous le plus loin possible de son entrée et ne touchez pas les parois.
  • La voiture : n’importe quelle voiture entièrement fermée (donc pas les modèles décapotables) agit comme une cage de faraday. En d’autres termes, elle protège de la foudre. Même si cette dernière vient à frapper votre véhicule, la carrosserie va dévier l’électricité vers le sol sans que cela ne vous impacte.
Figure 5 : la voiture agit comme une cage de faraday en conduisant l’éclair vers le sol ; source image : meteomedia

Éviter les endroits à risques

Pris par surprise, on peut parfois prendre des décisions inconsidérées. Sous un orage, à cause du bruit du tonnerre et de la pluie violente qui s’abat sur vous, vous aurez envie de vous réfugier partout où cela vous semble possible. Mais plusieurs endroits augmentent les risques en cas d’orage au lieu de vous en protéger ! Voici lesquels et pourquoi il faut les éviter :

  • Forêts et arbres seuls : bien que les arbres puissent nous protéger de la pluie grâce à leurs feuilles, il ne faut surtout pas se réfugier dessous en cas d’orage. En cas d’arbre seul, la foudre sera attirée par ce point plus élevé que le reste du pré ou de la clairière. Sous lui, le risque d’électrisation est très nettement augmenté. Les forêts, quant à elles, protègent des risques de foudroiement grâce à la couverture végétale uniformisée. Mais il n’y a pas que la foudre qui représente un danger lors d’un orage, il y a aussi le vent ! Les chutes de branches sont très nombreuses lorsque l’orage gronde et il ne faut surtout pas rester sous les arbres desquels elles tombent.
  • Les clairières/ la plaine : dans un paysage où rient ne dépasse, vous devenez le point le plus haut qui attirera irrémédiablement la foudre quand elle s’abattra sur le sol. Évitez les clairières !
  • Les crêtes/sommets : c’est le même principe que précédemment, sauf que le sommet de montagne sur lequel vous marchez représente déjà un point haut. On l’a vu, mais vous devez descendre le plus possible en altitude en cas d’orage.
  • Les parois rocheuses : à cause des pluies torrentielles mais aussi de la foudre qui peut frapper les sommets, les éboulements sont fréquents lors d’un orage. Si vous restez près des parois, vous risquez l’ensevelissement.
  • Les précipices : à cause du vent, de la peur et de la précipitation, le risque de chute mortelle est démultiplié. Vous devez donc éviter les zones à risques comme les ravins et les précipices.
  • Les poteaux et réseaux électriques : la foudre s’abat souvent sur les poteaux électriques, les transformateurs ou les lignes à haute-tension, donc éloignez-vous en le plus possible.
  • Les cours d’eau : plusieurs raisons font qu’il faut éviter de se réfugier à moins de 200 mètres d’un cours d’eau en cas d’orage : les crues éclairs et la conductivité électrique. Vous le savez certainement, mais l’eau est un excellent conducteur d’électricité, donc si la foudre frappe non loin d’une rivière, celle-ci va transporter l’électricité sur plusieurs kilomètres. Ne vous en approchez-pas ! Enfin, les torrents de montagne et les rivières sinueuses peuvent voir leur niveau multiplié par 10 en quelques heures à cause des fortes précipitations. Méfiez-vous des crues éclairs.

La foudre frappe le sol : les choses à faire et à ne pas faire

Vous venez de voir la foudre s’abattre sur le sol à quelques centaines de mètres de votre position. Alors que la situation est dangereuse et que vous n’avez pas encore trouvé le fameux abri, que devez-vous faire ? C’est une question essentielle à laquelle je vais tenter de répondre.

Éviter de courir : la tension de pas

La première chose à faire, dès que vous voyez la foudre s’abattre sur le sol non loin de là où vous êtes, c’est de ne plus bouger ! La cause de cette immobilité : la tension de pas. Dans les faits, quand la foudre touche le sol, la tension électrique se répand de manière concentrique autour de l’impact. Même si vous vous trouvez à 100 mètres du point d’impact, vous pouvez être touché par la foudre présente dans le sol !

Pourtant, si vous ne bougez pas, vous ne risquez rien, pourquoi cela ? Pour comprendre ce principe étrange à première vue, il faut savoir que la tension qui se répand dans le sol diminue, en moyenne de 1000 Volts pour chaque mètre parcouru. Autrement dit, si vos pieds sont proches l’un de l’autre, la tension sera équivalente. Or, la tension électrique fonctionne comme la pression de l’eau : elle se déplace vers le point le plus faible. Donc, en gardant vos pieds joints, immobiles, vous empêchez tout mouvement électrique d’un pied vers un autre. C’est lorsque vous faites un pas d’un mètre environ qu’une tension de 1000 Volts va vous traverser en passant par vos jambes. La tension plus élevée sous un pied va rejoindre celle qui est moins élevée, sous votre second pied… c’est l’électrisation. C’est pour cela que les animaux quadrupèdes n’ont aucune chance de survivre quand ils sont sous l’orage : le simple fait d’avoir des membres antérieurs et postérieurs si éloignés les soumet naturellement à la tension de pas.

 

Figure 6 : plus l’écartement entre deux points de contact est grand et plus la tension de pas sera importante

Position de sécurité en cas d’orage

Dès que l’orage est au-dessus de vous et que le risque d’électrisation devient réel, mettez 30 mètres de distanciation minimums entre chaque randonneur. Cela évitera la tension de pas entre deux personnes trop proches. Puis, vous devrez prendre une position de sécurité adaptée à la situation :

  • Placez un tapis de sol ou une pierre plate par terre
  • Placez-vous sur le tapis ou la pierre pour supprimer le contact direct entre vous et le sol
  • Accroupissez-vous et mettez vos bras sur la tête comme dans les situations d’urgence en avion
Figure 7 : cette position de survie limite le risque de foudroiement et annule la possibilité de tension de pas ; source image : wikihow

En conclusion

L’orage en randonnée est dangereux mais n’est pas une fatalité pour le randonneur qui sait préparer sa journée de marche et qui sait à quoi s’attendre. Il faudra regarder chaque matin la météo du jour et reporter son départ si la tendance est orageuse. Il vaut mieux perdre une journée de marche que la vie ! Puis, vous devrez surveiller le ciel et observer les signes annonciateurs d’orages : formation de cumulus en cours de journée ou développement d’un cumulonimbus. Vous pourrez anticiper la direction que prend la cellule orageuse afin de décider de rebrousser chemin, de continuer ou de trouver un abri. Pour ce dernier, il faut privilégier les refuges en fond de vallée ou les églises qui sont pourvues de paratonnerre. Pensez aussi aux grottes si vous êtes en montagne ou à votre voiture si vous êtes à proximité. Évitez les forêts, les sommets montagneux et les abords des rivières qui sont particulièrement à risques en cas d’orage. Enfin, soyez vigilants en cas de foudroiement au sol et ne manquez pas de prendre la position de sécurité afin d’éviter la tension de pas. Voilà, vous êtes maintenant prêt à reconnaitre les orages et à vous en protéger en contexte de randonnée. Bonne route !

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